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...ouvertement politiques l'artiste polonais Artur Zmijewski proposent des méditations sur les complexités psychiques du fascisme et de la violence de l'État. Alliant performance et vidéo, l'artiste de Varsovie utilise la dysfonction et l'abjection physiques comme allégories du despotisme. Ses protagonistes sont des malades, des déficients mentaux, des handicapés et des détenus, tous des sujets dont l'aliénation constitue en soi une expression de violence à laquelle s'ajoute une répression exercée par la société qui mène à différentes formes de torture et de brutalité.
Dans ses vidéos-films, l'aversion contre l'imperfection corporelle et la détresse physique signale les abus de pouvoir et, encadrée par une forme standardisée et autoritaire de discipline, l'affirmation de l'autonomie individuelle constitue une offense passible de punition. De plus, les oeuvres de l'artiste explorent les manières complexes dont un appareil d'État homogénéisant, cherchant à aplanir les différences, se trouve contesté par la présence de corps imparfaits et d'identités individualisés.
Maître dans l'art de la provocation, Zmijewski a étudié la sculpture à l'Académie des beaux-arts de Varsovie, en Pologne. En 1999, il poursuit sa formation à l'Académie Gerrit Rietveld à Amsterdam. Il se mérite le premier prix dans le cadre de l'exposition > en Italie. En 2004, l'exposition > est à l'affiche au MIT List Visual Arts Center. Plus tard, la même année, il présente sa vidéo The Gaine of Tag à la White Box Gallery à Manhattan. Zmijewski représentera la Pologne en 2007 à la 51e Biennale de Venise. Et on annonçait récemment sa participation à la méga-exposition Documenta 12, qui ouvre en juin 2007.
Dans plusieurs cas, Zmijewski joue délibérément le rôle de l'observateur détaché qui laisse les événements se dérouler sans intervenir. Ses premières oeuvres ont traité d'une variété de sujets, allant de l'esthétique de la violence et de la ségrégation à des méditations sur la fragilité humaine, la vulnérabilité et la dysfonction physique. An Eye for an Eye (1998) se compose de photographies grand format en couleurs et d'une vidéo-film montrant les corps nus d'hommes amputés de même que de sujets valides montant des escaliers et effectuant diverses menues tâches. Prêtant leurs appendices, les participants en santé s'unissent aux amputés à ce point qu'ils forment de troublants organismes hybrides. Dans son oeuvre intitulée Out for a Walk (2001), il combine de la même manière des sujets valides et des personnes incapables d'utiliser leurs membres. Dans cette vidéo-film, des hommes robustes et en santé se servent avec efficacité de leurs corps pour faire marcher un groupe de tétraplégiques.
Out for a Walk est une oeuvre qui confronte les phobies culturelles et la gêne sociale face à la dysfonction corporelle, mais elle présente en même temps des corps privés de pouvoir, à la fois en raison d'une anormalité physique et de la violence de la répression sociale. Ces stratégies consistant à créer une interdépendance et des équivalences entre des corps soi-disant > et des corps abîmés (ou impurs) produisent un résultat saisissant. Ces tactiques visuelles évitent toutefois l'épanchement sentimental et la moralisation, et s'avèrent des réquisitoires cohérents contre la formation sociale de l'altérité radicale.
Dans une de ses plus récentes oeuvres, Repetition (2005), Zmijewski analyse de façon artistique l'architecture panoptique d'une violence officiellement mandatée, de même que l'effondrement physique et mental des incarcérés. Le projet est une remise en scène cinématographique de l'infâme > de 1971 du professeur Philip Zimbardo, une étude fréquemment citée sur la psychologie en milieu carcéral, qui est vite passée de la simulation au sadisme. Professeur titulaire de psychologie à l'université Stanford, Zimbardo érige une prison temporaire dans le sous-sol du département de psychologie de l'université. Seize participants (recevant chacun 25 $ en dédommagement de leur temps) sont recrutés au hasard par annonce pour jouer les rôles des prisonniers, des gardiens et du directeur de prison. L'expérience de Zimbardo est devenue légendaire en raison de son résultat inquiétant. Ne durant que six jours plutôt que les deux semaines prévues, l'étude dégénère rapidement alors que les participants, des étudiants universitaires de la classe moyenne, se transforment en sadiques. À la demande de Christina Maslach, une étudiante de troisième cycle de Stanford, le projet est stoppé de façon prématurée. Contrairement à la remise en scène de Zmijewski, les étudiants ne peuvent pas ici abandonner le projet à leur demande; en fait, après quatre jours, Zimbardo entreprend de transférer les prisonniers dans une prison située dans un commissariat de police pour les empêcher de s'évader. Le film de trente-neuf minutes de Zmijewski a été mis en scène de façon semblable, chaque personne étant payée 40 $ par jour. Des tests et des examens psychologiques ont été conduits pour écarter tout candidat potentiellement instable, jusqu'à ce que des bénévoles appropriés soient choisis.
Ni éducatif ni rédempteur, Repetition est carrément dépourvu de toute sentimentalité. En accord avec les premières Luvres de l'artiste, le film met le corps agressivement en scène, dans une tentative de mettre à mal les mécanismes déshumanisants du pouvoir. Le film démarre avec un gémissement intense et caverneux qui frise l'inhumain. Rappelant d'abord les cris d'un animal blessé, les hurlements gutturaux se révèlent être ceux d'un > qui s'exprime sans réserve; il s'agit d'un geste de défi destiné à exacerber les conditions de détention déjà tendues. Vêtu d'un sarrau de couleur crème affichant le chiffre 433, le prisonnier hurleur fait des tractions sur barre pendant que, sous lui, un autre prisonnier fait les cent pas en riant. Le numéro 433 est un homme grand, dégingandé, au teint pâle et aux traits durs. Ses cris et son regard inexpressif donnent l'impression recherchée d'un dément, si ce n'est d'un fauteur de troubles. Après cet interlude tout aussi bref que saisissant, l'écran devient noir et un texte en blanc raconte l'histoire de l'infâme expérience de Zimbardo et...
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