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Article Excerpt Introduction
Le present article s'inscrit dans le contexte d'un projet de recherche visant a explorer les relations entre mondialisation, cohesion sociale et mouvement cooperatif au Canada. (1) Dans ce texte, nous tentons de mieux comprendre les processus permettant d'articuler une strategie de developpement regional orientee sur les milieux peripheriques et economiquement devitalises dans le cadre de la restructuration economique provoquee par la mondialisation et son impact territorial. Le sujet qui nous interesse concerne les liens entre l'innovation economique dans les cooperatives forestieres du Quebec et leur role face a la cohesion sociale dans leurs communautes d'appartenance en tant qu'assises a une strategie de developpement regional.
L'une des consequences fondamentales de la mondialisation economique est la plus grande porosite des frontieres nationales face aux flux de marchandises, de services, d'entreprises et d'investissements qui sillonnent le globe (Scott 2001, 34; Coleman 2004, 6). Ce processus de > signifie l'ouverture des territoires politiques a l'ensemble des acteurs economiques mondiaux ce qui, en bout de ligne, confronte les pays et les regions qui les composent, a un niveau de concurrence internationale de plus en plus intense (Scott 2001, 34; Claval 2003).
Les critiques adressees a la mondialisation economique sont nombreuses. Parmi celles qui preoccupent davantage la geographie economique et les sciences du developpement regional, citons la problematique de l'atomisation des ensembles regionaux, mais aussi des groupes sociaux au sein d'une communaute, qui en viennent a se percevoir comme des adversaires en competition, destructurant ainsi les liens sociaux entre les individus d'une meme communaute, de meme que les solidarites interregionales (Klein 1997, 2002; Walzer 1997; Ghorra-Gobin 2004; Vacchiani-Marcuzzo 2004). Autre critique, la mondialisation attise les inegalites de developpement entre regions au niveau local, national et mondial en marginalisant les regions ou les milieux devitalises, c'esta-dire les milieux qui ne possedent pas ou qui n'arrivent pas a mettre en valeur les potentialites necessaires pour se reseauter sur l'economie mondiale (Klein 1998, 2002; Carroue 2002; Paulet 1998). A ce chapitre, les principaux milieux devitalises ou marginalises dans l'economie mondialisee sont les regions peripheriques ou en marge des regions metropolitaines. Les regions peripheriques sont celles qui sont situees, selon la definition de Polese et Shearmur (2003a, 32) pour le Canada, a plus d'une heure ou une heure et demi de route (selon la taille de la metropole et le decoupage geographique) d'un centre metropolitain de plus de 500 000 habitants.
Dans l'environnement economique mondialise, marque par une recrudescence de la concurrence, certains espaces ou territoires deviennent plus attrayants que d'autres pour les entreprises, investisseurs et capitaux. De par les externalites qu'ils offrent, c'est-a-dire la proximite des services, des travailleurs qualifies, des reseaux d'affaires et des marches, mais aussi la forte densite de la circulation d'informations et les economies sur les couts de transaction, les grands centres urbains ou, de facon plus large, les regions metropolitaines, apparaissent comme les noeuds de l'economie mondiale (Scott 2001; Klein 2002; Polese et Shearmur 2003a, 2003b; Proulx 2003).
Ce constat ne signifie pas pour autant qu'il n'y ait pas de developpement ou de strategies de developpement regional qui puissent s'articuler avec succes dans les regions non metropolitaines. Nombreux sont ceux qui affirment que les regions et les acteurs regionaux peuvent mettre de l'avant differentes strategies pour faire en sorte que leur region devienne competitive dans l'economie mondiale, notamment en developpant certains traits distinctifs qui pourraient devenir des atouts qui permettent a certaines regions de se mettre en valeur dans leurs strategies de concurrence economique (Amin et Thrift 1995; Maskell 1998; Scott 1999, 2001; Jessop 2002; Doloreux et al. 2005, 217-222). Chaque strategie est le reflet des caracteristiques d'une region, comme sa position geographique, ses ressources naturelles, son histoire, sa structure economique, son niveau d'urbanisation, ses institutions de meme que la structure et le dynamisme de certains groupes sociaux ou organisations (Manzagol et Jalabert 1999; Polese et Shearmur 2002; Fontan et al. 2003; Barneche-Miqueu et Lahaye 2005).
La litterature suggere, notamment a l'aide de nombreuses etudes de cas, que les strategies qui mettent en valeur une ou des caracteristiques propres a une region puissent permettre eventuellement a celle-ci de se positionner avantageusement dans l'economie mondiale (Benko et Lipietz 2000; Grossetti 2003; Kresl 2003; Pike 2003). Cependant, la demonstration de la reussite de ces strategies pour les regions peripheriques reste limitee. En effet, comme le constatent Polese et Shearmur (2003a) pour le Canada, l'emploi manufacturier a forte et moyenne valeur ajoutee, mais aussi l'ensemble de l'activite economique se concentrent plus que jamais autour des metropoles. De plus, la relation entre le developpement economique et le developpement social, au sein de ces strategies, reste nebuleux. C'est donc sur ces deux considerations que nous nous inscrivons ici. a partir de l'etude des cooperatives forestieres du Quebec, nous tenterons de savoir comment ces entreprises collectives peuvent jouer un nouveau role economique en region peripherique, en se diversifiant ou en innovant dans leurs pratiques de gestion et de production, tout en contribuant au developpement social, c'est-a-dire en assumant ce que nous appellerons ici un role de vecteur de la cohesion sociale au sein de leurs communautes d'appartenance. La question qui guidera notre reflexion est la suivante: Est-ce qu'il existe un lien entre le niveau d'innovation d'une cooperative forestiere et sa capacite a generer la cohesion sociale dans ses communautes d'appartenance? Nous fixons donc comme premier objectif de savoir comment les cooperatives forestieres innovent. Le deuxiemement objectif est de savoir en quoi cette recherche de l'innovation permet aux cooperatives forestieres de renforcer, ou non, leur capacite a generer la cohesion sociale au sein de leurs communautes d'appartenance.
L'interet des cooperatives forestieres dans une etude sur la relation entre innovation economique et cohesion sociale en tant qu'assises a une strategie de developpement regional en milieu peripherique est triple. D'abord, les cooperatives forestieres sont creees par des acteurs locaux et elles reposent sur la volonte et la capacite du milieu a creer localement de l'emploi a partir des ressources disponibles (CCFQ 2002). Elles sont enracinees dans leur milieu et constituent une reponse des communautes forestieres quant a leur insertion economique. En cherchant a identifier de nouveaux creneaux economiques, certaines cooperatives forestieres cherchent des solutions originales qui pourraient contribuer au developpement economique de plusieurs regions du Quebec.
Ensuite, outre le developpement economique, les cooperatives forestieres du Quebec contribuent aussi au developpement social puisqu'elles peuvent constituer un vecteur de la cohesion sociale dans leurs communautes d'appartenance. La cohesion sociale peut se definir comme etant l'ensemble des processus sociaux qui concourent a assurer la perennite des liens qui unissent les individus qui composent, de ce fait, une communaute, une collectivite, la societe (Maxwell 1996, 13; Jenson 1998, 3-5, 15-22; Bernard 1999, 19-20). La cohesion sociale est donc ce phenomene qui permet de creer une communaute de valeurs et d'interets partages entre les individus qui se regroupent pour participer, pacifiquement, a diverses entreprises communes dans lesquelles chacun peut tirer equitablement profit (Kearns et Forrest 2000; Noll 2002). Dans la mesure ou les cooperatives forestieres permettent l'union d'individus lies entre eux par des valeurs et des interets communs, du moins en ce qui a trait a leurs besoins socio-economiques, et que cette organisation est l'instrument ou le moyen par lequel ces individus realiseront leur entreprise commune et ce, dans une perspective d'equite entre les membres, les cooperatives forestieres peuvent donc actualiser la cohesion sociale dans leurs communautes d'appartenance.
Enfin, les cooperatives forestieres sont des cooperatives de travailleurs. Elles constituent donc des unites de production industrielle qui, si elles innovent et ajoutent davantage de valeur ajoutee a leur production, peuvent imprimer un certain dynamisme dans l'economie des regions forestieres, d'autant plus qu'elles constituent une structure sociale et economique qui occupe l'ensemble du territoire de la province. En effet, dans les annees 1970, le Gouvernement du Quebec s'est assure d'avoir une cooperative forestiere par unite de gestion publique de la foret (CCFQ 2002). Par consequent, s'il s'averait que les cooperatives forestieres soient en mesure d'induire le developpement economique et social dans certaines regions habituellement devitalisees economiquement, puisque eloignees des regions metropolitaines, cette perspective serait d'autant plus interessante dans la mesure ou le secteur forestier fait partie de la structure economique de 535 municipalites rurales au Quebec, dont les principales sont localisees dans le Bouclier Laurentien (Dugas 2000, 26).
Mise en Contexte
Les cooperatives forestieres du Quebec sont des cooperatives de travailleurs. C'est donc dire qu'il s'agit de cooperatives dont l'objectif premier consiste a fournir du travail a leurs membres. En etant proprietaires de leur entreprise, les membres-travailleurs peuvent s'impliquer dans le developpement et les orientations de l'organisation et avoir un plus grand controle sur les conditions d'exercice de leur travail. De plus, les cooperatives forestieres du Quebec ont pour philosophie d'assurer une saine gestion de la foret, milieu de vie de leurs membres (CCFQ 2002). Les cooperatives forestieres du Quebec constituent donc, pour les membres, une facon de prendre en main leur avenir en stimulant l'activite economique au sein de leur collectivite a partir des ressources disponibles et ce, dans une perspective de perennite de la foret.
Le developpement des cooperatives forestieres au Quebec s'est fait en trois phases. La premiere phase debute a la fin des annees 1930 avec les syndicats cooperatifs d'exploitation forestiere (Gaspesie, Saguenay-Lac-Saint-Jean) et les chantiers cooperatifs d'abattage et de transport de bois (Nord-Ouest quebecois) (CCFQ 2002). En 1970, 167 cooperatives forestieres avaient deja ete creees, mais seulement une soixantaine etaient encore en activite. La principale...
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