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...pratiques artistiques récentes de l'usine le microcosme de la société capitaliste et des contradictions qui la traversent. Mais il la transforme également en un lieu oø il devient possible, à partir d'une redistribution des liens entre l'art et le travail, de repenser l'articulation des rapports sociaux sur une base plus égalitaire. Si le monde de l'art a régulièrement emprunté le modèle d'organisation et de fonctionnement des entreprises industrielles ou commerciales--de la Factory d'Andy Warhol aux entreprises fictionnelles des années 1990 (UR de Fabrice Hybert, Polyco de Massimo Guerrera ...)--, ce n'est que dans les toutes dernières années que des artistes se sont penchés sur la vie usinière en développant des approches oø se croisent réalité et fiction, mobilisation sociale et évocation nostalgique. Toutefois, 8 x 5 x 363 + 1 se singularise par l'importance des moyens mis en oeuvre par De Groot pour faire de l'usine le centre d'une structure réticulaire oø se répondent les institutions artistiques et économiques, politiques et universitaires.
Les modalités du Factory Art
Le nouvel intérêt des artistes pour le monde usinier est éminemment politique. Il s'explique par l'intensification des effets dévastateurs de la mondialisation sur le tissu industriel des pays développés : délocalisation, licenciements secs, augmentation de la précarité, remise en cause du droit du travail ... Aussi n'est-il pas étonnant que ce soit principalement en France, l'un des pays les plus fortement touchés par les relocalisations sauvages (Lewis, Daewoo, Hewlett Packard ...), que les artistes se sont montrés les plus solidaires avec les employés victimes de 1' > (Viviane Forrester). Des 24 objets de grève présentés par Jean-Luc Moulène (1999) -- photographies d'objets détournés produits par des ouvriers en grève--aux portraits photographiques et aux entretiens qu'Alexis Cordesse et Zoé Varier ont faits en 2005 des employés mis à pied de l'usine de biscuits Lu de Ris-Orangis, dans tous les cas, les artistes mettent leur pratique au service de la contestation sociale pour dénoncer les fermetures d'usines et la misère humaine qui en découle. Cette mobilisation artistique en faveur des mouvements sociaux nous montre que les choses ont considérablement évolué depuis la fin des > (période de prospérité économique de 1945-1973) et du premier choc pétrolier. En 1972, Louis Malle filmait dans Humain, trop humain les chaînes de montage de l'usine Citroën de Rennes pour dénoncer les conditions inhumaines du travail à la chaîne : rapidité des cadences, bruit assourdissant, manque de sécurité ... Aujourd'hui, si les artistes se mobilisent, ce n'est plus pour critiquer l'aliénation du travail usinier, mais sa disparition pure et simple. En symbiose avec les mouvements de contestation sociale, ils dénoncent les politiques de délocalisations qui se soldent par la fermeture d'usine, et le licenciement de milliers d'ouvriers dont le savoir-faire et l'expertise accumulés au cours des années sont passés par pertes et profits.
À côté de l'activisme social, le Factory Art propose une approche qui, sans se départir d'une dimension critique, met l'accent sur le potentiel utopique que possédait l'usine au cours de l'âge d'or du développement industriel et du plein emploi. Le thème d'un passé industriel riche de promesses était le fil conducteur de l'exposition du Britannique Liam Gillick au Palais de Tokyo en 2005 (1). Trois immenses installations renvoyaient à un projet de livre intitulé Construcción de Uno qui relatait l'histoire d'un groupe d'employés au chômage retournant dans leur ancienne usine, désaffectée depuis plusieurs années, pour recréer sur une base plus égalitaire les conditions de travail qu'ils avaient connues avant la fermeture du site. C'est la même situation que l'on retrouvait dans l'installation cinématique Factory (2003) de Chen Chieh-jen, présentée dans l'exposition > à la Biennale de Venise 2005. À la différence près que l'artiste taïwanais avait mélangé fiction et réalité en demandant à deux ouvrières de revenir dans leur ancienne usine, fermée depuis sept ans, pour répéter sur les machines abandonnées les gestes qu'elles avaient accomplis pendant des décennies. La dimension nostalgique de ce film silencieux était encore accentuée par certaines séquences au cours desquelles les deux ouvrières, assises au milieu d'immenses ateliers laissés à l'abandon, regardaient un film réalisé à l'époque oø l'usine était en pleine activité et oø le > taïwanais était encore une réalité.
Une troisième voie du Factor? Art est ouverte par les artistes qui s'immergent directement dans l'univers usinier et y travaillent pendant des périodes plus ou moins longues. Pionnier en la matière, le collectif britannique Artist Placement Group (1966-1989) s'était donné pour mission de placer des artistes dans l'industrie et l'administration dans l'espoir que ces > parviendraient à transformer l'idéologie de ces institutions. Ici l'usine n'est plus vécue en creux, sur un mode contestataire ou nostalgique, mais devient un laboratoire social riche de possibilités de changement et d'émancipation. C'est le cas chez l'artiste allemande Antje Schiffers, qui s'est fait embaucher en 2003 comme > dans une usine de pneus d'Hanovre, oø elle a réalisé différents types d'images (dessins muraux, peintures, photographies) dans les départements qui ont sollicité ses services. Chacune des ses interventions s'étendait sur une période d'une à deux semaines et chaque étape du processus de création (sujet, emplacement des images, etc.) faisait l'objet d'une concertation avec les employés du département concerné (3).
8 x 5 x 363 + 1 de Raphaëlle de Groot appartient à ce type d'action oø l'artiste intervient directement dans l'usine et oø la dimension consultative et participative est au coeur de la démarche artistique. Mais la durée de cette intervention (deux ans) a permis à l'artiste de mener un travail en profondeur sur les relations à l'intérieur de l'usine, mais également entre cette dernière et les institutions sociales qui l'environnent.
Plus que parfaites : entre ethnographie et militantisme
Avant son intervention chez Cerruti, Raphaëlle de Groot s'était déjà intéressée à l'économie et à l'histoire du travail....
NOTE: All illustrations and photos
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